Plus vite ? 

Moins de temps perdu ?

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L’humanité, qui a longtemps rêvé de conquérir le ciel, en maîtrise enfin la technique au XXIᵉ siècle. 

Mais paradoxalement, elle n’a jamais été aussi étrangère au ciel.

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Bien souvent, ce que l’on croit être une manière plus efficace — donc moins chronophage — repose sur une simplification excessive.

Prenons un collègue typique : arrive au bureau, se prépare un café très serré ; passe une longue minute à choisir une piste sur sa playlist ; multitâche en permanence ; au bout de quelques minutes se met à scroller des vidéos courtes. 


Il donne l’apparence d’une grande activité, d’une « grande efficacité ». Le café s’intensifie, la cigarette se multiplie, et pourtant l’énergie réelle ne suit pas.

Après lecture du document produit, la question se pose : était-il vraiment efficace ?

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Entretien d’embauche :


 

Recruteur : « Vous dites être rapide en calcul mental. Combien font 2498 × 6908 ? »


Candidat : « 500. »


Recruteur : « Pas du tout… »


Candidat : « Mais très rapide. » (sourire)

 

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Dans l’Antiquité, les intellectuels devaient souvent voyager d’un lieu à l’autre. Contrairement à aujourd’hui avec l’avion, chaque déplacement pouvait prendre plusieurs mois aller-retour. Cela semble une perte de temps, mais ce « ralentissement » était-il vraiment plus lent ? Et n’était-ce pas plus sain ? 

 

À leur retour, ils avaient des histoires à partager avec les habitants, et pouvaient même améliorer considérablement les villes, la cuisine ou les arts. 

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  • Newton, pendant la peste, retourna Ă  la campagne et y posa les bases de ses recherches pour toute sa vie — mĂŞme s’il avait l’habitude de retarder la publication de ses travaux pendant des annĂ©es.

  • Liszt, en voyage, lut abondamment puis composa, notamment la Dante Sonata (Après une lecture du Dante : Fantasia quasi Sonata).

Quant à l’efficacité contemporaine : on prend l’avion d’un point à un autre, on multiplie les publications sur les réseaux sociaux. Et pour se souvenir de ce qui a été vécu, il faut souvent retourner voir ses propres posts — ou parfois, rien ne revient.

L’humanité, qui a longtemps rêvé de conquérir le ciel, en maîtrise enfin la technique au XXIᵉ siècle. Mais paradoxalement, elle n’a jamais été aussi étrangère au ciel.


Habitués à voyager en avion, nous en venons à trouver le simple geste de lever les yeux, d’offrir un souffle à l’esprit, presque luxueux.

Alors — est-ce vraiment « plus rapide » ?

C’est comme aller à la salle de sport ou marcher dans une forêt.
Avant d’y aller, on se dit : « trop compliqué, trop long, je n’ai pas le temps ».
 

Mais une fois commencé, on réalise aussitôt que cette résistance était absurde.

L’esprit, lui, en avait besoin depuis longtemps — même si le même cycle de résistance reviendra la fois suivante.

Les facilités modernes ont un prix, souvent invisible.
L’être humain excelle à ignorer les effets secondaires de ses propres inventions :
le CFC, par exemple, salué comme une innovation géniale, a fini par détruire la couche d’ozone.

 

Le monde continuera toujours de progresser. Comme en programmation, il faut sans cesse itérer et mettre à jour. Mais à chaque nouvelle ligne de code, il faut penser à l’ensemble et à la cohérence du système — sinon, on ne récolte qu’une série d’erreurs.

De la même façon, chaque fois que nous modifions un aliment brut, il y a derrière ces transformations de nombreux changements que nous avons tendance à ignorer.

Dans la vie quotidienne, beaucoup de gens mangent un morceau de fromage sans se rendre compte de ce qu’il représente réellement. 

Par exemple, 200 grammes de Camembert — comme pour l’Emmental ou la mozzarella — correspondent à environ deux litres de lait. 

 

Quand on boit du lait, deux verres suffisent souvent à être rassasié ; difficile d’en avaler un troisième. 


Pourtant, après un morceau de fromage, on le considère encore comme une simple entrée, avant de passer au plat principal, puis au dessert. 


Avec le temps, on finit par se demander pourquoi apparaissent les maladies cardiovasculaires ou les problèmes rénaux.

Imagine : après avoir mangé deux pommes d’affilée, tu n’as probablement plus envie d’en voir une troisième.


Mais pour le jus de pomme ? 


Un kilo de pommes — environ sept fruits — donne à peu près 600 ml de jus. 


Bu jour après jour, ce jus finit souvent par faire grimper la glycémie, et l’on s’étonne ensuite de voir apparaître divers troubles chroniques.

En réalité, exécuter des activités comparables à des « aliments bruts » ne gaspille pas le temps comme on l’imagine. 

 

Combien de personnes autour de nous peuvent courir deux heures d’affilée ? Peu. 


En revanche, beaucoup regardent sans peine plus de deux heures de vidéos courtes.

La gestion du temps ressemble à la différence entre aliments bruts et aliments transformés.

Comme la Finlande face au vieillissement de la population : plutôt que de simplement dépenser massivement pour des soins de longue durée une fois la perte d’autonomie installée, investir dans l’activité physique et l’exercice. 

 

Fit for Life ( Kunnossa kaiken ikää )

 

Le sujet sera développé dans un autre texte.

Revenons au collègue : espresso ou ristretto toutes les heures, cigarette dehors, retour et visionnage anxieux de courtes vidéos. 


Faire quinze minutes d’escaliers au travail serait sans doute plus utile : meilleure oxygénation sanguine, renforcement du « second cœur » — les mollets —, stabilisation nerveuse ; l’efficacité gagnée après l’effort dépasse de loin celle procurée par les vidéos, et l’entreprise devient une salle de sport gratuite.

Lorsque l’on cherche des solutions, plutôt que de céder à l’oversimplification, il est souvent plus utile de prendre un peu de patience et d’affronter la nature profonde du problème.

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Hearing — the first sense to arise, the last to fade.

Music — unseen, intangible, yet the very soul of ambience.

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