Soustraction, Vide

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Il ne s’agit pas de ce qui est prĂ©sent, mais plutĂŽt de ce qui fait dĂ©faut.

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« Nous avons
 », « Nous offrons beaucoup de
 ».

Ces expressions, que l’on entend souvent dans la vie quotidienne ou dans le marketing, traduisent une idĂ©e qui s’impose presque sans qu’on s’en rende compte : avoir « plus » ou offrir « plus de choix » serait forcĂ©ment mieux. 


Et face Ă  un problĂšme, la rĂ©action instinctive est souvent d’y « mettre davantage ».

Pourtant, comme dans l’esprit du calcul diffĂ©rentiel avancĂ©, il ne s’agit pas seulement du rĂ©sultat, mais du dĂ©tail de chaque Ă©tape du raisonnement. 

 

Alors, cette logique « additive » — avoir ou offrir toujours plus — est-elle vraiment la seule voie ?

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Moto-Azabu ( 慃éș»ćžƒ ) est un quartier rĂ©sidentiel trĂšs prisĂ© au Japon. Pourtant, il ne correspond pas Ă  ce que la plupart recherchent lors d’un voyage ou lorsqu’ils accĂšdent Ă  de meilleures conditions de vie. 

Pas de nightlife, pas de shopping, presque pas de restaurants. 

ComparĂ© au voisin Shibuya ( 枋谷 ), beaucoup trouveraient cela « monotone ». 


Certains demanderaient mĂȘme : 

« AprĂšs tant d’efforts pour amĂ©liorer mes conditions, pourquoi dĂ©penser autant pour acheter de l’‘inconfort’ ? ».

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Il ne s’agit pas de ce qui est prĂ©sent, mais plutĂŽt de ce qui fait dĂ©faut.

Que faut-il réellement à notre époque ? 


Alors que nous nous empressons de remplir le menu de nos vies, peut-ĂȘtre avons-nous besoin de vide. 


Pour voler plus haut, il faut aussi se dĂ©lester. La pensĂ©e « soustractive » s’est laissĂ©e oublier.

Imagine acheter un ordinateur chez Apple et dĂ©couvrir qu’Apple, pour imiter un grand magasin voisin et mettre en avant sa variĂ©tĂ©, commence Ă  vendre casseroles, rĂ©frigĂ©rateurs, chaussures de sport ou mĂȘme produits financiers. 

 

L’offre paraĂźt plus large, le choix plus grand. Plus pratique aussi : tout est disponible au mĂȘme endroit. Mais aurais-tu alors plus confiance en Apple ? Saurais-tu encore ce qu’Apple est ?

Et si, dans ce cas, Apple devenait une métaphore de ta propre vie ?

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Dans un restaurant Ă  la parisienne :

Un client, trĂšs affamĂ©, entre. Le restaurant, afin de dissimuler l’absence de chef, n’a de cesse d’ajouter des plats au menu.

Au menu :


  • Des pierres prĂ©vues pour faciliter la digestion
  • Des feuilles riches en vitamines
  • Du sol apportant une diversitĂ© nutritionnelle

Le restaurant se vante mĂȘme d’offrir des pierres de diffĂ©rentes couleurs et formes, un dĂ©tail qu’il prĂ©sente comme unique.

Le client, excĂ©dĂ© par la faim, dĂ©cide de bloquer tout l’établissement, pensant ainsi contraindre le restaurant Ă  servir un vrai repas. 

AprÚs des négociations, le compromis adopté consiste à proposer un nouveau plat : 


  • Du sol enveloppĂ© dans des feuilles

On goĂ»tera d’abord — si cela ne convient pas, l’annĂ©e suivante, on passera aux pierres enveloppĂ©es dans des feuilles.

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Depuis longtemps, l’humanitĂ© s’est habituĂ©e Ă  recourir Ă  l’addition pour masquer l’essence des problĂšmes, croyant couvrir le manque par le surplus. 

Face Ă  l’IA, la somme des connaissances d’un individu n’est qu’une goutte d’eau dans l’ocĂ©an.


Face aux montagnes des Dolomites ou aux fjords de NorvĂšge, les guerres autrefois considĂ©rĂ©es comme immenses ne sont qu’un souffle de vent.

 

Devant la nature, l’histoire humaine paraĂźt brĂšve, comme la lueur d’une chandelle avant qu’elle ne s’éteigne.

Chaque phrase que nous Ă©crivons, chaque projet que nous Ă©laborons, l’IA est dĂ©jĂ  capable de les gĂ©nĂ©rer. 


MĂȘme si un esprit brillant parvient Ă  produire quelque chose qui n’existait pas dans la base de donnĂ©es de l’IA, dĂšs que cela existe, l’IA l’assimile et peut en produire mille variantes.

Est-ce l’IA qui remplace l’humain, ou bien l’humain qui s’est d’abord abandonnĂ© lui-mĂȘme ?

RĂ©pĂ©ter massivement les mĂȘmes traces n’apporte pas de solution. 


En musique, lorsqu’on veut crĂ©er des accords « avancĂ©s » ou « poĂ©tiques », superposer trop de notes ne suffit pas. 


La soustraction est nĂ©cessaire. Pour avancer plus loin, elle l’est aussi.

Discernement et goĂ»t, choix « soustractifs » de ce qui manque : c’est peut-ĂȘtre dans ce vide que, paradoxalement, l’ùre de l’IA permettra de crĂ©er davantage.

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Hearing — the first sense to arise, the last to fade.‹
Music — unseen, intangible, yet the very soul of ambience.

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